dimanche, 29 juillet 2012

Deux Valent mieux qu’un : Parole d’évangile !

 

Gbagbo, Ado, Cote d'IvoireCe matin, tiré des bras de Morphée par un moustique certainement jaloux de mon doux sommeil et assoiffé de mon sang innocent, je me suis jeté sur mon ordinateur pour faire ma revue de presse quotidienne…

Comme d’habitude, il fallait lire la Une des quotidiens pour savoir ce qui fait l’actualité de mère patrie. Il est vrai qu’en Côte d’Ivoire, les vrais journalistes pour vous donner des informations vraies sont aussi rares que les cheveux sur la tête d’un chauve, mais il est presqu’impérieux de « consulter » ces parutions surtout quand on vit à des KM de loin, quid à avoir l’envie de se pendre après lecture, pour rester proche des siens même loin. 

* La Cote d’Ivoire, ce seul pays où vous n’avez pas besoin d’ouvrir la bouche pour dire à votre voisin votre parti politique qu’il le sait déjà à travers la couleur dominante du journal que vous tenez en main. Votre journal serait-il à dominance Bleu ? Vous êtes du FPI, Vert ? du PDCI, Rouge ? du RDR… Mais cette stigmatisation n’est la faute à personne, sinon aux journalistes plus militants que des secrétaires de section de partis politiques*.  

Ma stratégie est donc très simple. Lire le titre de toutes les parutions et faire des comparaisons en ayant bien sûr en tête leurs appartenances. Si le même titre paraît sur plusieurs journaux même déformé alors l’information est vraie…

Ce matin donc, je viens de lire le titre de toutes les parutions. L’information dominante fait état du massacre du peuple Wê dans l’Ouest du pays : « La machine à tuer de Ouattara en marche dans l’Ouest » ; « les FRCI et leurs supplétifs les Dozos tuent le peuple Wê » ; « Des hommes armés attaquent l’ouest : plusieurs civils tués » et patati et patata ! Je retiens pour l’essentiel que des hommes en armes viennent encore une fois de tuer des civils innocents qui ont eu le malheur d’habiter dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire qui aura payé le plus grand prix de cette guerre depuis 2002. 

Comme il fallait s’y attendre comme toujours, j’ai aussi lu que des miliciens seraient prêts à attaquer la Côte d’Ivoire, que les prix des denrées alimentaires auraient augmenté à nouveau, que des bandits auraient attaqués des domiciles privés, qu’un pasteur aurait violé une mineure, qu’il y aurait eu un affrontement entre la population et l’armée – ce seul pays où la population semble récuser son armée.

Tentatives de déstabilisation, insécurité, Cherté de la vie, bassesse morale…voici à peu prêt ce qui fait le quotidien de mère patrie ce matin.  

Il y a seulement des années en arrière, on disait de la Côte d’Ivoire un pays béni de Dieu. Certains de nos aînés disaient à qui voulait l’entendre que la Côte d’Ivoire était la 2ème patrie de Dieu après le Paradis, seulement sans nous dire dans quel quartier encore moins dans quel villa d’Abidjan habitait-il ?. Dieu était donc Ivoirien, et ceci n’était qu’un fait, juraient d’autres sur les 32 dents de leurs bouches. Les plus coriaces soutenaient même que Dieu avait un parti politique, qu’il était RDR= Roi Des Rois, déguisé en Rassemblement Des Républicains, parti au pouvoir. Nous –moi y compris- y avions tellement cru jusqu’à ce qu’en bon I-VOI-RIEN, nous ne voyions pas la guerre venir. Mais comment peut-il y avoir tant de désordre là où Dieu habite Lui qui est Ordre, Amour, Pardon et BON !? 

Soit Dieu a quitté la Côte d’Ivoire, puisque l’autre nous disait qu’il avait quitté l’Afrique, ou fâché avec les Ivoiriens, il manifeste ainsi sa colère, Lui qui, pour éviter tout ceci a donné 2 Présidents, 2 Premiers Ministres, 2 gouvernements à la Côte d’Ivoire. Son plan était que l’un se chargerait de la sécurité et l’autre de l’économie. Mais l’avidité, la cupidité et la gourmandise des hommes ont déjoué le plan de Dieu. L’un des Présidents a été dépossédé et éloigné. 

On peut soutenir que c’est parce que tous les pays ont un seul président ! Mais ce qu’on oublierait, c’est que Dieu n’habite pas ces pays. Il y va seulement en visite mais retourne toujours en Côte d’Ivoire… Les Etats Unis auraient été plus puissants si Dieu y avait une seule fois mis les pieds. Est-ce de notre faute si Dieu n’est pas Français ? Le peuple Malien aurait une armée pour le protéger contre l’invasion Touareg si Dieu savait que le Mali existe, le Togo aurait son Drapeau sur la Lune et le Liberia sa bombe atomique si Dieu y était passé sur son chemin pour la Côte d’Ivoire. Pourquoi donc comparer ces pays à la Côte d’Ivoire ?

Avec deux Présidents, on rêvait d’une Côte d’Ivoire prospère où les ivoiriens n’auraient plus à travailler, où les frais d’inscription à l’Université seraient à 1000 cfa, l’équivalent de 2 dollars au lieu des 100 000 annoncés par un gouvernement aussi incompétent pour savoir que Dieu est Ivoirien et que les ivoiriens n’ont pas besoin d’efforts pour se développer. On rêvait d’une Côte d’Ivoire où chaque famille planterait devant sa cour un arbre fruitier produisant de l’argent et qui allait permettre à chaque ivoirien au petit matin de se rendre sous l’arbre et cueillir la quantité voulue de fruit, sinon d’argent. On rêvait, on y croyait et on allait y arriver si ces jaloux venus d’ailleurs n’avaient pas délogé notre 2ème Président attisant ainsi la colère de Dieu.

Mais, il y a des raisons d’espérer, car notre 2ème Président reviendra après les formalités d’usage à la Haye le 13 Août prochain. Moi j’y crois comme je crois que le Niger lancera sa première fusée le 13 Août 2013; et alors Dieu saura nous pardonner. Mais si par hasard, il tardait à venir, je me présenterai moi-même car il nous faut un 2ème président parce que Deux valent mieux qu’un, et c’est une parole d’évangile!

Que ceux alors qui souhaitent être de mon gouvernement se prononcent ici.

 

 

mardi, 03 juillet 2012

La démocratie à l’épreuve des récentes crises politiques en Afrique de l’Ouest

23640_101633163213637_4394041_n.jpgLa partie ouest de l’Afrique a été le théâtre des crises politiques à rebondissements ces deux dernières années.  Nous avons encore en mémoire, la crise postélectorale en Côte d’Ivoire et récemment les coups d’Etat perpétrés au Mali et en Guinée Bissau. Ces crises, au-delà de toutes considérations géopolitiques et de parti  pris, ont mis en mal la démocratie émergente dans cette zone francophone ouest africaine.

Deux paramètres sont nécessaires pour analyser cette réalité. Premièrement, ces crises ont dégradé l’effort de construction démocratique et en deuxième lieu leurs aboutissements ne confortent pas certaines valeurs cardinales de la démocratie. 

1 / Dégradation de l’effort de construction démocratique
     Chacune de ces trois crises est née dans un environnement où des efforts et des acquis de construction démocratique émergeaient.
     La crise postélectorale en Côte d’Ivoire est la résultante d’une longue crise marquée par le coup d’Etat du 24 décembre 1999 et celui manqué du 19 septembre 2002 qui s’est transformée en rébellion dans le nord du pays. Cette décennie de crise a effrité la cohésion interne entre les populations ivoiriennes.

Le jeu de positionnement des partis politiques notamment entre le Front Populaire Ivoirien (FPI), le Rassemblement des Républicains (RDR) et le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a contribué à cristalliser les positions des partisans. Ainsi la crise postélectorale a-t-elle mis entre parenthèse les trente neuf ans de stabilité politique du pays.La crise ivoirienne comme le note Francis Akindès peut se définir comme « l’ensemble des manifestations qui compromettent la continuité de l’Etat, de l’ordre social, en introduisant de ce fait une rupture dans un temps relativement long de stabilité politique dans un pays considéré pendant longtemps comme un modèle »[1].   

   Au Mali et en Guinée Bissau, les récents coups d’Etat perpétrés dans ces pays portent un aspect incongru qui frise avec la “stupidité’’. Après vingt et un an d’effort de construction démocratique, le Mali s’apprêtait à rééditer l’exploit, par l’organisation des élections présidentielles dont le premier tour était prévu pour le 29 avril 2012, quand intervient le coup de force du 22 mars. Au bilan, ce coup d’Etat n’a apporté rien de positif au pays du Djoliba sinon que fouler aux pieds les valeurs d’alternance démocratique et offrir sur un plateau d’or l’occupation des 2/3 du territoire [2] à des groupuscules armés.

En Guinée Bissau, il faut le noter avec force, la culture et la pratique démocratique dans ce pays reste à désirer. Mais qu’a cela ne tienne, il est inadmissible qu’un coup d’Etat s’invite à l’entre-deux-tour des élections présidentielles. Décidément ces démocratisations à reculons ne nous apportent aucun actif au plan politique, économique et social que le désordre et le chaos. Que dire des approches d’aboutissement de ces crises ?

2/ Aboutissements mitigés : les valeurs démocratiques  en branle
   En Côte d’Ivoire, la crise postélectorale a eu son dénouement le 11 avril 2011 avec l’arrestation du président sortant Laurent Gbagbo et l’arrivée au pouvoir de Alassane Dramane Ouattara. Si ce dénouement est apparu aux yeux de beaucoup de personnes comme le moindre mal, il a péché par le recours excessif à la violence comme supplétif au parachèvement d’un processus démocratique. Il est difficile d’admettre que la militarisation politique devient le nouveau moyen pour restaurer la démocratie.

Cette conception nouvelle qui commence à faire recette (Côte d’Ivoire, Libye et peut-être en Syrie) étouffe la construction patiente des valeurs démocratiques adaptées aux réalités des peuples et des pays. Elle ne permet pas comme le souligne Achille Mbembé [3] de «  dissocier l’art de faire de la politique de l’art de faire la guerre » et de noter que « Le recours à la violence peut être inévitable dans certaines conditions, mais il est toujours la marque d’un déficit d’imagination » [4].

Au Mali comme en Guinée Bissau si le bout du tunnel est encore loin, quelques indices montrent que les valeurs démocratiques ne sont pas mises en exergue. Au Mali, la CEDEAO après avoir durci le ton par des sanctions contre les puchistes s’est contredit en signant l’accord cadre avec les rebelles faisant du coup de ces derniers des interlocuteurs légaux dans une crise institutionnelle dont ils sont les auteurs. Le capitaine Sanogo s’en sort avec le statut d’ancien chef d’Etat (même si ce titre semble lui être dénié au dernier moment) sans avoir triompher de ses vrais ennemis, les rebelles du nord.

En Guinée Bissau, la junte a fait échec à la tenue du second tour des élections présidentielles, le 12 avril 2012 par un coup d’Etat et Manuel Serifo Mhamadjo est nommé président de la transition. Ainsi, les pistes de solutions qui se dessinent dans ces deux crises sont encore loin de donner  un coup de semonce à ses velléités puchistes qui ébranlent les valeurs démocratiques. Tout simplement c’est la confiance en l’idéal démocratique qui se meurt.

Note:

  1.  Francis Akindès., Les racines de la crise militaro-politique en Côte d’Ivoire, CODESRIA, Dakar, 2004, pp 7
  2. Mohomodou Houssouba., « Parce que le temps nous est compté », Essai, 24 mars 2012
  3. Achille Mbembé, historien et philosophe camerounais, vit depuis 2001 à Johannesburg en Afrique du Sud
  4. Achille Mbembé., « En Côte d’Ivoire, c’est une démocratie sans éthique qui se construit, [en ligne] www.slateafrique.com.


Par DAH Ata Emmanuel
Spécialiste en analyse et résolution des conflits et juriste publiciste
E-mail : emmanueldah@yahoo.fr


Toutes les pensées et prises de positions engagent uniquement l'auteur.

 

01:22 Écrit par KOUAKOU BELA EMILE dans Contribution des lecteurs, Gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |