mardi, 03 juillet 2012

La démocratie à l’épreuve des récentes crises politiques en Afrique de l’Ouest

23640_101633163213637_4394041_n.jpgLa partie ouest de l’Afrique a été le théâtre des crises politiques à rebondissements ces deux dernières années.  Nous avons encore en mémoire, la crise postélectorale en Côte d’Ivoire et récemment les coups d’Etat perpétrés au Mali et en Guinée Bissau. Ces crises, au-delà de toutes considérations géopolitiques et de parti  pris, ont mis en mal la démocratie émergente dans cette zone francophone ouest africaine.

Deux paramètres sont nécessaires pour analyser cette réalité. Premièrement, ces crises ont dégradé l’effort de construction démocratique et en deuxième lieu leurs aboutissements ne confortent pas certaines valeurs cardinales de la démocratie. 

1 / Dégradation de l’effort de construction démocratique
     Chacune de ces trois crises est née dans un environnement où des efforts et des acquis de construction démocratique émergeaient.
     La crise postélectorale en Côte d’Ivoire est la résultante d’une longue crise marquée par le coup d’Etat du 24 décembre 1999 et celui manqué du 19 septembre 2002 qui s’est transformée en rébellion dans le nord du pays. Cette décennie de crise a effrité la cohésion interne entre les populations ivoiriennes.

Le jeu de positionnement des partis politiques notamment entre le Front Populaire Ivoirien (FPI), le Rassemblement des Républicains (RDR) et le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a contribué à cristalliser les positions des partisans. Ainsi la crise postélectorale a-t-elle mis entre parenthèse les trente neuf ans de stabilité politique du pays.La crise ivoirienne comme le note Francis Akindès peut se définir comme « l’ensemble des manifestations qui compromettent la continuité de l’Etat, de l’ordre social, en introduisant de ce fait une rupture dans un temps relativement long de stabilité politique dans un pays considéré pendant longtemps comme un modèle »[1].   

   Au Mali et en Guinée Bissau, les récents coups d’Etat perpétrés dans ces pays portent un aspect incongru qui frise avec la “stupidité’’. Après vingt et un an d’effort de construction démocratique, le Mali s’apprêtait à rééditer l’exploit, par l’organisation des élections présidentielles dont le premier tour était prévu pour le 29 avril 2012, quand intervient le coup de force du 22 mars. Au bilan, ce coup d’Etat n’a apporté rien de positif au pays du Djoliba sinon que fouler aux pieds les valeurs d’alternance démocratique et offrir sur un plateau d’or l’occupation des 2/3 du territoire [2] à des groupuscules armés.

En Guinée Bissau, il faut le noter avec force, la culture et la pratique démocratique dans ce pays reste à désirer. Mais qu’a cela ne tienne, il est inadmissible qu’un coup d’Etat s’invite à l’entre-deux-tour des élections présidentielles. Décidément ces démocratisations à reculons ne nous apportent aucun actif au plan politique, économique et social que le désordre et le chaos. Que dire des approches d’aboutissement de ces crises ?

2/ Aboutissements mitigés : les valeurs démocratiques  en branle
   En Côte d’Ivoire, la crise postélectorale a eu son dénouement le 11 avril 2011 avec l’arrestation du président sortant Laurent Gbagbo et l’arrivée au pouvoir de Alassane Dramane Ouattara. Si ce dénouement est apparu aux yeux de beaucoup de personnes comme le moindre mal, il a péché par le recours excessif à la violence comme supplétif au parachèvement d’un processus démocratique. Il est difficile d’admettre que la militarisation politique devient le nouveau moyen pour restaurer la démocratie.

Cette conception nouvelle qui commence à faire recette (Côte d’Ivoire, Libye et peut-être en Syrie) étouffe la construction patiente des valeurs démocratiques adaptées aux réalités des peuples et des pays. Elle ne permet pas comme le souligne Achille Mbembé [3] de «  dissocier l’art de faire de la politique de l’art de faire la guerre » et de noter que « Le recours à la violence peut être inévitable dans certaines conditions, mais il est toujours la marque d’un déficit d’imagination » [4].

Au Mali comme en Guinée Bissau si le bout du tunnel est encore loin, quelques indices montrent que les valeurs démocratiques ne sont pas mises en exergue. Au Mali, la CEDEAO après avoir durci le ton par des sanctions contre les puchistes s’est contredit en signant l’accord cadre avec les rebelles faisant du coup de ces derniers des interlocuteurs légaux dans une crise institutionnelle dont ils sont les auteurs. Le capitaine Sanogo s’en sort avec le statut d’ancien chef d’Etat (même si ce titre semble lui être dénié au dernier moment) sans avoir triompher de ses vrais ennemis, les rebelles du nord.

En Guinée Bissau, la junte a fait échec à la tenue du second tour des élections présidentielles, le 12 avril 2012 par un coup d’Etat et Manuel Serifo Mhamadjo est nommé président de la transition. Ainsi, les pistes de solutions qui se dessinent dans ces deux crises sont encore loin de donner  un coup de semonce à ses velléités puchistes qui ébranlent les valeurs démocratiques. Tout simplement c’est la confiance en l’idéal démocratique qui se meurt.

Note:

  1.  Francis Akindès., Les racines de la crise militaro-politique en Côte d’Ivoire, CODESRIA, Dakar, 2004, pp 7
  2. Mohomodou Houssouba., « Parce que le temps nous est compté », Essai, 24 mars 2012
  3. Achille Mbembé, historien et philosophe camerounais, vit depuis 2001 à Johannesburg en Afrique du Sud
  4. Achille Mbembé., « En Côte d’Ivoire, c’est une démocratie sans éthique qui se construit, [en ligne] www.slateafrique.com.


Par DAH Ata Emmanuel
Spécialiste en analyse et résolution des conflits et juriste publiciste
E-mail : emmanueldah@yahoo.fr


Toutes les pensées et prises de positions engagent uniquement l'auteur.

 

01:22 Écrit par KOUAKOU BELA EMILE dans Contribution des lecteurs, Gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

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Commentaires

A vous la parole!

Écrit par : EMILE BELAe | mardi, 03 juillet 2012

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