lundi, 30 janvier 2012

ACCAPAREMENT DES TERRES EN AFRIQUE: l’Afrique serait-elle à Vendre ?

afrique image.jpgLe problème ne semble pas inquiéter, ni l’exécutif, ni le législateur. Pourtant, il existe et se pose avec acuité surtout en milieu rural Africain. Soit par négligence, par incapacité à l’affronter avec objectivité ou guidé par la logique colonialiste qui consiste à vendre toutes les ressources du continent aux maîtres ou encore par appétit d’un enrichissement au détriment de ses mandataires, les décideurs Africains affichent une fébrilité déconcertante face au phénomène de l’accaparement des terres. Faisons connaissance avec la notion.

Deux perceptions, une même réalité

Pour l’évoquer, certains parlent d’« acquisition des terres à grande échelle », d’autres d’ « accaparement des terres ». Il s’agit dans un cas comme dans l’autre, de la même réalité. Mais retenons la seconde. L’accaparement des terres ou « land grabbing » (en Anglais) est par définition (la plus simple et la plus courante) « le processus par lequel les grandes puissances, les privés étrangers ou les hommes d’affaires nationaux accèdent à la terre, dans les pays du sud notamment, pour produire et exporter dans les pays industrialisés

Devenu un véritable phénomène, l’accaparement des terres connaît une manifestation non pas seulement en Afrique mais aussi en Amérique du Sud. Mais le phénomène prend des proportions beaucoup plus inquiétantes en Afrique de l’Est et de l’Ouest plus particulièrement.

Causes et conséquences d’un phénomène qui tue l'Afrique

De la Côte d’Ivoire au Sénégal en passant par le Libéria, le Togo, le Burkina (en Afrique de l’Ouest) ainsi que du Kenya au Mozambique (en Afrique de l’Est), pour ne citer que ceux-là, le problème se pose presqu’avec les mêmes causes et les mêmes conséquences. Parmi les causes plus importantes, on retiendra celles-ci : (i) Une entrée flagrante et perverse de la mondialisation dans les secteurs primaires des économies nationales ; (ii) Une demande accrue de matières premières brutes spécifiques aux pays tropicaux ; (iii) Le récent engouement pour la production d’agro-carburants et ; (iv) La croissance de la population et de l’urbanisation dans certains pays combiné avec l’épuisement des ressources naturelles.

Ceci entrainant cela, ces causes produisent des effets pervers difficilement maîtrisables.

Au Burkina Faso, la pratique a entrainé courant 2010, un conflit foncier qui a causé plusieurs dégâts dans la localité de Bobodioulasso. Ce conflit né à la suite d’appropriation de grandes surfaces par des hommes d’affaires, laisse des séquelles ouvrant une voie vers une fragilisation de la cohésion nationale.

En Côte d’Ivoire, avec la culture à grande échelle de l’hévéa et peu avant, le Palmier à huile, le problème se pose. Même s’il ne semble pas avoir généré de situation de conflit à notre connaissance, il reste latent.

Au Kenya et au Mozambique, la situation ne semble pas favoriser surtout les populations rurales. Les populations des zones marécageuses de Yala (Kenya) et du District de Massingir (Mozambique) se retrouvent livrées à elles-mêmes et assistent presqu’impuissantes à l’expropriation de leurs terres.

Au Sénégal enfin, des articles de presse informent que toute la Vallée du Fleuve Sénégal allant de Saint Louis à Bakel est menacée par l’Arabie Saoudite. Dans la vidéo ci-dessous, M.IBA MAR FAYE raconte l’exemple du Sénégal: http://www.youtube.com/watch?v=ZM_fUJjPtp0

Théoriser le développement et pratiquer le sous développement

   A suivre de près la problématique de l’accaparement des terres en Afrique, on s’aperçoit d’une évidence qui intrigue. Il s'agit du paradoxe trop apparent entre les discours des décideurs Africains en faveur du développement et leurs pratiques plutôt en faveur du sous développement. En effet, ceux-ci se contredisent. Il y aurait en ce moment un projet de loi de la CEDEAO sur le domaine National. Cette loi s’inscrit dans une perspective de mise en place d’un processus  qui accompagne toute une reforme foncière au niveau des pays membres. Le Libéria fait partir des pays membres de la CEDEAO. Cependant, au cour de son mandat écoulé, la Présidente Libérienne s’est employée à faire venir les investisseurs étrangers au Libéria en leur livrant les terres au grand désarroi des populations. Aujourd’hui, son administration est confrontée à un problème foncier qu’elle s’active à résoudre.

   En Afrique centrale, le président Mwai Kibaki a loué 40 000 hct. de terre à fort potentiel dans le Delta du Fleuve TANA au gouvernement du Quatar pour développer des produits horticoles. Dans le cadre du partenariat Public/Privé, la société Mumias Sugar Company et l’Autorité Kényane de développement proposent de consacrer 16 000 hct. à une plantation de canne à sucre. C'est la vie de centaines de milliers de Kényans qui se trouve ainsi ménacée.

Face à la gravité du phénomène, la mobilisation effective de la société civile Africaine semble se faire attendre. On est alors tenté de se demander s’il s’agit d’une complicité voilée ou d’une incapacité avérée.

 

Pour aller plus loin :

1.http://www.endapronat.org/index.php?option=com_content&am...

 

2.http://www.forum-algerie.com/actualite-internationale/306...

 

3.http://www.rtfnwatch.org/uploads/media/Accaparement_de_te...

 

4.http://www.amazon.fr/Clan-Wade-Accaparement-Mepris-Vanite...

                                                                                                                                                                                                             

5.http://www.peuples-solidaires.org/wp-content/uploads/2010...

 

6.http://www.cocoledico.com/dictionnaire/accaparement,1750....

 

10:01 Écrit par KOUAKOU BELA EMILE dans Agriculture et Développement, Développement Communautaire, Développement Durable | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : accaparement des terres, paysans, développement rural | |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

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Écrit par : emile | mercredi, 01 février 2012

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Cher Emile,
Dans un style simple et pédagogique,tu nous plonge une fois de plus dans la réalité de ''l'Afrique des paradoxes et des malédictions''.Plus qu'unsimple article c'est appel à la résistance face aux forces dominatrices et à leurs potentats ''petits sous préfet'' de l'occident!Je pense que ce phénomène doit etre dénoncé et pourquoi pas ne pas lancer une pétition!Tu fais oeuvre utile en nous enseignant les dangers de l'accaparement.Je te remercie et te félicite pour ton engagement citoyen!
Courageusement tien!

Écrit par : HAIDARA | jeudi, 02 février 2012

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cher ami,

Très pertinente, cette thématique doit être aujourd'hui une préoccupation constante pour toute les organisations qui visent le bien-être de la personne humaine
plus qu'une incapacité de la part de la société civile, on peu aussi y voir le manque d'informations précises qui les pousse à agir avec beaucoup de prudence car d'un pays à un autre, les modalités de l'accaparement diffère.
toutefois, l'espoir est permis car peu à peu , les OSC sortent de leur réserve et dénonce sur la place publique ce phénomène.
mais, j'exhorte à intégrer pleinement les ruraux dans ce combat car dans plusieurs cas, ceux-ci sont à la base de leur propre dépossession.

Écrit par : Anne-Marie | jeudi, 02 février 2012

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Merci Pour ton encouragement Mon ami Lamine. Le problème du continent c'est l'ignorance. sans doute que ceux qui vendent les terres ne savent pas ou font exprès pour ingnorer les conséquences de cette pratique. Pourquoi ne pas écrire pour dénoncer si on ne peut rien faire? Essayons.....

Écrit par : EMILE BELA | vendredi, 03 février 2012

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J'apprécie bien ta remarque. C'est là tout le débat. Pourquoi la société civile ne réagit pas? Mais l'argument que tu évoque est très pertinent. Espérons que cet éveil lent aidera à freiner le phénomène sinon, en plus de la guerre, de la faim et des autres maux, on va vers le pire. c'est une question de développement durable.....

Écrit par : EMILE BELA | vendredi, 03 février 2012

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Vraiment bien fait ton article, j'attend d'en lire plus. Bonne continuation et à bientôt :)

Écrit par : mutuelle pour chats | mardi, 14 février 2012

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Merci de rester en contact pour d'autres articles à venir...

Écrit par : EMILE BELA | mardi, 14 février 2012

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Merci à vous qui malgré les multitudes difficultés rencontrées dans l'exercice de votre métier puissiez mettre à nu les maux réels qui minent notre continent.la corruption est l'un des fléaux qui entrave le développement socioéconomique des pays en Afrique.nous pensons qu'avec vos critiques et aussi avec la contribution des lecteurs nous arrivons un jour à toucher les mentalités pour imposer un temps soit peu un frien à ce phénomène.ce commentaire avait juste pour but de vous encourager à persévérer dans ce sens pour nous faire toujours plaisir.A tantot avec un autre BLOG!

Écrit par : Amidou ZAGRE | lundi, 05 mars 2012

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Merci Amidou.
Ce ne sont là que des petits pas que nous posons mais qui valent le coup nous pensons,. Et cela compte tenu de l'ampleur du problème. Mais le plus important n'est pas de critiquer mais de proposer. c'est pourquoi, le Blog penser pour panser ouvre le débat afin que chacun fasse sa proposition.

Écrit par : Emile BELA | lundi, 05 mars 2012

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mon avis sur le nouvel article publié sur votre Blog préféré au sujet de la corruption en Afrique. mon avis juste pour t'accompagner dans le sens de ton développement ,c'est une gangraine en Afrique surtout en Afrique de l'ouest que je connais mieux et particulier en cote d'ivoire, ou la corruption est vue comme un miroire dans lequel tous les decideurs se doivent l'obligation de se mirer. Le cas du GHANA n'est pas le premier et ne sera pas le dernier en Afrique,si et seulement si les Africains ne sont pas libres de choisir leurs lois à eux comme ils saivaient le faire dans les temps anciens pour resoudre leurs problemes à eux. MERCI, et bonne inspiration pour d'autres reflexions.

Écrit par : KOUABENAN | lundi, 12 mars 2012

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Merci Kouabena pour votre commentaire si pertinent.
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Écrit par : EMILE BELA | samedi, 28 avril 2012

Cas de MAdagascar... très graven ça continue... la nouvelle colonisation : voilà plusieurs Exemples : Différentes informations inquiétantes concernant des transactions sur les terres malgaches circulent ces derniers temps sans que les hauts responsables de l'Etat malgache ne réagissent.
Nosy Be. Des extraits de l'émission « Combien ça coûte » de la télévision française TF1 ont été largement diffusés sur Internet ces dernières semaines ; plusieurs personnes françaises y déclarent avoir acheté des terrains à Nosy Be pour 2 euros le m2 (2).
Les responsables de l'Etat sont priés de bien vouloir informer les citoyens sur ces ventes et préciser le statut actuel des terres de l'île de Nosy Be. Combien d'hectares appartiennent désormais à des étrangers et qui sont-ils ?
Par ailleurs, la disparition des plantations de canne à sucre de Nosy Be, de Dzamandjar et des environs d'Ambilobe serait due à la vente et à la distribution des terrains de l'usine Sirama par lotissements. Qu'en est-il exactement ? Qui a mené les transactions ? L'Etat, la région, les communes ou une autre entité ? A qui ont profité les ventes et distributions ?
Nosy Iranja, près de Nosy Be, et Nosy Mitsio (3), dans la baie de Diégo-Suarez, sont également mentionnés parmi les territoires malgaches vendus à des étrangers. Il est urgent que les autorités malgaches délivrent des informations précises sur ces îles d'autant plus que Nosy Mitsio est un lieu sacré pour les populations de la région.
La région Ihorombe, dans le Centre Sud de Madagascar, est victime d'accaparements de terres de vastes surfaces par deux investisseurs bien identifiés, les sociétés Landmark d'origine indienne et Tozzi Green, d'origine italienne. Comme de nombreux Malgaches des autres régions, nous avons appris en août 2011 que des évènements graves s'y déroulent depuis quelques années : des intimidations diverses, des déplacements de populations, des destructions de tombeaux et d'autres encore (4). Nous condamnons ces faits et demandons l'intervention des autorités pour un arrêt définitif de ces actes inacceptables perpétrés par ces deux sociétés dans le cadre de leur installation respective. Des informations complémentaires nous ont appris que Tozzi Green aurait acheté au moins 52 ha et disposerait actuellement de 100 000 ha en bail emphytéotique. Cette société prévoit une énorme extension de ses exploitations dans le futur.
Nous demandons aux autorités que toute la lumière soit faite en priorité sur les ventes déjà réalisées ou en cours dans les zones citées. Devant la gravité des faits dans l'Ihorombe, il est particulièrement urgent que les citoyens malgaches soient informés sur l'ensemble des transactions réalisées ou en cours de négociation dans cette région.
Dans tous les cas de transactions sur les terres, les autorités doivent rendre transparents les détails en précisant la vente ou la durée du bail, les noms des acheteurs ou locataires, les surfaces concernées, la nature des productions envisagées, la destination des produits.
Nous incluons dans ces revendications une transparence sur les contrats miniers, notamment ceux de la société indienne Varun qui a annoncé la découverte d'énormes gisements de minerais précieux et rares dans plusieurs régions, incluant l'Ihorombe (5). L'ouverture d'un guichet unique pour les services des domaines et topographie à Ihosy en juillet 2011 laisse présager d'un nombre important de délivrance de titres fonciers et d'autres actions à venir sur les terres dans l'Ihorombe (6). L'annonce d'un projet d'aéroport confirme l'importance des productions agricoles et minières destinées à l'exportation attendues dans cette région (7).
La Constitution votée le 17 novembre 2010 mentionne la transparence sur les informations concernant les terres dans son article 34 (8). Par ailleurs, Madagascar a adhéré à l'Initiative pour la Transparence dans les Industries d'Extraction (9). Cela signifie que les autorités doivent mettre en place différents moyens de consultation des citoyens et d'information du public sur les contrats et ventes des ressources naturelles.

Écrit par : Solay Jean Freddy | mercredi, 11 avril 2012

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Merci Solay Jean Fredy pour votre apport. J'avoue que je suis impressionné par votre commentaire. Vous avez donné des informations assez enrichissantes.
Merci infiniment de continuer à nous donner de tels exemples que j'en suis certain, les lecteurs apprécierons.
Surtout abonnez vous au fil de discussion et au Newsletter pour suivre ce qu'il y a de nouveau.
Bonne lecture!

Écrit par : EMILE BELA | samedi, 28 avril 2012

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