dimanche, 30 octobre 2011

A la Découverte de la Technique du Zaï au Burkina Faso

 

développement rural,burkina fas,zai,paysansSelon l’enquête burkinabè sur les conditions de vie des ménages (EBCVM, 2003), 49% de la population burkinabè estimée à 13 902 972 habitants vit en milieu rural. Cette frange de la population vie essentiellement de l’agriculture qui génère 25% du Produit Intérieur Brut (PIB). On se rend bien vit compte de l’importante part contributive de cette population à l’économie nationale. Cependant, elle est loin d’être à l’abri de la vulnérabilité. Et pour cause l’agriculture burkinabè est tributaire aux aléas climatiques.

Face à cette situation, le paysan burkinabè a sa petite idée. Au-delà de la pratique de la charrette comme moyen pour cultiver la terre, il y a cette technique qu’est le « ZAЇ ».

 

Interrogé sur le procédé, M. K. Yandé Président de l’Union des producteurs de Sésame (aussi producteurs de mil) de Kongoussi (Province du BAM, au Burkina Faso) explique : « La technique du Zai consiste à creuser des petits trous, généralement dans le mois de Février, où nous mettons la fumure pour attendre la saison pluvieuse. Ainsi, lorsqu’il y a une forte pluie, nous les refermons pour y semer les grains de Mil. »

 

Au cours de la campagne écoulée, les paysans de cette province regroupés en Organisations Paysannes des villages suivants ont obtenues ces résultats : Boalin, (10 hectares de Zaï), Rambo (25 hectares de Zai), Sam (20 hectares de Zaï), Yennega (6 hectares de Zaï).

 

Quoique fastidieuse, la technique du Zaï impressionne par ses résultats. Le président de ladite Union a bien voulu apporter les chiffres suivants: « Sur un hectare de surface de terre, nous pouvons creuser environs 50 milles trous. Pour remplir ces trous, il faut entre 20 et 25 charrettes de fumure. Au lendemain d’une forte pluie, nous commençons le semis. »

 

Interrogée sur les estimations monétaires, Mlle Nadine, Conseillère Agricole au sein de cette Union évalue : « sur un hectare de terre cultivé, nous pouvons récolter entre 10 et 15 charrettes de mil. Une charrette fait 4 sacs de 100kg. 1 sac fait 54 boîtes (l’unité de mesure du mil). Le prix de vente d’une boîte est de 250 f cfa »

 

Sauf si les chiffres avancés par ces responsables sont sous ou sur - estimés ou encore sauf erreur de calcul, si nous partons sur la base minimale de 10 charrettes de mil en fin de récolte, un calcul rapide permet d’obtenir les résultats suivants :

 

(10 charrettes x 4 sacs) = 40 sacs de 100kg soit (40 sacs x 54 boîtes) = 2160 boîtes. Cela équivaut en termes monétaires, à (2160 boîtes x 250f) = 540 000 f cfa. Voilà à peu près le salaire d’un paysan Burkinabé ayant cultivé un hectare de mil en une saison.

À partir de ce calcul, faites l’équivalence pour les organisations paysannes ci-dessus citées.

En tenant compte des coûts des intrants et d’autres facteurs qui rentrent en ligne de compte, on peut nier l’importance de ce montant, mais une chose est certaine, la technique du Zaï bien que fastidieuse, assure et rassure.

 

La terre demande-t-elle davantage que d’être travaillée pour nourrir l’homme, avant de s’ouvrir à lui un jour pour le repos éternel ?

Beaucoup l’ignore trop qui, les mains molles et les bras croisés, s’adressent toujours au ciel pour leur survie quotidienne alors qu’ils marchent sur des trésors méprisés.

En tout cas, les paysans Burkinabè eux semblent s’être liés d’amitié avec la terre et elle semble leur livrer ses secrets. En attendant que le Burkina Faso soit la Chine ou le Vietnam pour que le paysan cultive la terre avec un tracteur, ces vaillants hommes et femmes y vont de leurs manières avec pour unique source de motivation, cet adage populaire : « La terre ne trahit pas son homme !»

 

19:06 Écrit par KOUAKOU BELA EMILE dans Développement Communautaire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : développement rural, burkina fas, zai, paysans | |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 14 octobre 2011

LE BURKINA FASO, PARADIS DES PATRONS DES ONG

ong-4-ebfb8.jpgLorsqu’on évoque le pays des hommes intègres, les observateurs les plus avertis (Marc Antoine Perouse de Montclos, Alain Piveteau, Enée Gregory…) le caractérisent de « paradis des ONG ». Cela tient du nombre très remarquable d’ONG et associations de développement présentes au Burkina (620 ONG et environ 20 000 associations en date du 31 Décembre 2010).

Cependant, seules 320 parmi ces 620 ONG sont effectivement répertoriées auprès de la Direction de Suivi des ONG (DSONG) parce que rendant régulièrement compte de leurs activités. C’est autant dire qu’ils en existent qui ne le sont que de nom, celles que Bernard Hours appelle les ONG Mercenaires.

Le présent article qui reprend en grande partie une publication du journaliste Damien Glez paru sur le site le faso.net (http://www.lefaso.net/spip.php?article41970) en date du Mercredi 11 Mai 2011,   se propose de mener une réflexion sur le non gouvernemental au Burkina.

Toutefois, il importe de souligner qu’il ne s’agit pas d’une stigmatisation des ONG au Burkina Faso mais plutôt la description, à partir d’une réalité concrète, de ce qu’il en est de la réalité de l’action non gouvernementale en Côte d’Ivoire, au Niger, au Togo et partout en Afrique. Un dit-on populaire au Burkina soutien que « ce que l’on trouve chez les Mossi [groupe ethnique du Burkina] est la même chose chez les peuhls ».

ONG « Sucre Ethique », « Prisonniers Sans Frontières », « Médecins sans vacances », « Soleil et Développement », « Tout Le Monde Doit Bouger », « Ya pas de problème » etc.  Les créneaux ne manquent pas, les organisations non gouvernementales et autres associations à but non lucratif poussent comme des fleures marguerites dans les terres arides du Sahel.

Au Burkina Faso, les premières ONG sont apparues dans les Années 60. Elles étaient exclusivement non africaines et essentiellement confessionnelles. Derrière les discours génériques sur le développement se profilait parfois le prosélytisme d’associations qui traduisaient la Bible, déjà, dans une dizaine de langues vernaculaires. Fini le latin tout-terrain. Mais qu’importe le flacon spirituel pourvu qu’on ait l’ivresse de l’alphabétisation.

Au fil des années et des phénomènes de mode, les ONG investissent les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’environnement ou des droits de l’homme.

Enclavé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, le Burkina est le point de chute idéal pour les organisations internationales tentées par un rayonnement « sous-régional ». Les ONG se plaisent au Faso où il fait BON VIVRE, et le pays ACCUEILLE AVEC JOIE LES ONG synonymes de développement de proximité.

Jusqu’à une date très récente, les ONG internationales au Burkina Faso n’avaient pas besoin d’une autorisation pour s’installer.

Bien qu’aujourd’hui cela ait évolué, la loi 10/ADP/AN/92 du 15 Décembre 1992 portant liberté d’association qui règlemente l’action non gouvernementale ne définit pas clairement le statut d’ONG. Une convention d’établissement pour les ONG internationale et un récépissé de reconnaissance pour les ONG nationale et le tour est joué. Vous pourrez ″travailler″ librement au Burkina 

Cependant, dans les termes de Damien, la croissance engendre souvent de fâcheuses excroissances. Les fondateurs d’ONG plus ou moins fictives transforment peu à peu le concept de « développement solidaire » en « développement solitaire ». La vocation désintéressée devient ambition cupide. Le procédé est simple et Damien le décrit ainsi qu’il suit: « (i) Essayez de vous faire embaucher par l’antenne d’une ONG internationale qui paie ses employés quatre fois au-dessus du barème local ; (ii) Si ça ne marche pas, instrumentalisez votre village d’origine ;(iii) Montez une petite association parfois juridiquement informelle ; (iv) Obtenez, au besoin, un récépissé de reconnaissance —délivré avec complaisance— ; (v) Composez un organigramme en utilisant les noms de membres de votre famille qui ne sont même pas au courant (qui s’étonnera de la prédominance d’un patronyme quand l’objectif est le développement d’un microcosme géographique) ; (vi) Démarchez une association de vieux Européens en mal d’exotisme et de bons sentiments ; (vii) Captez une partie de leur pension de retraite ; (viii) Investissez-en la moitié dans votre localité de naissance, qui vous traitera en héro ; (ix) Cravatez-vous et circulez dans un véhicule tout-terrain rutilant dans les rues de la capitale burkinabè. »

Le tout est d’avoir l’air pauvre devant les donateurs, et riche devant les bénéficiaires. La vache à lait fera de vous un patron d’ONG —à vie.  Face à tout ceci, on est en droit de se poser une seule question : La probité et la cupidité ne seraient-elles que les deux faces d’une même médaille ? Comme l’abnégation et l’arrogance ?

Revenons-y dans un prochain article…